Derrière l'invocation unanime de la "démocratie" perce leur inquiétude. Si ces militants UMP rencontrés à Lille, lundi 5 mars, souhaitent aussi ardemment que le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, puisse figurer au premier tour de l'élection présidentielle - "pas au second !", tient à préciser l'un d'entre eux -, c'est d'abord dans l'intérêt bien compris de leur candidat.
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"Les reports de voix sur Nicolas Sarkozy seront meilleurs si Le Pen est présent", souligne l'ancien militaire de carrière Louis Caron (79 ans). "Soit on interdit le Front national, soit on lui permet d'être présent. Un premier tour sans Le Pen, ça me fait peur", renchérit également Loïc Cathelain (25 ans), responsable départemental des jeunes UMP. "C'est la droite qui serait sanctionnée", estime également Abdel Hafidi (18 ans), élève en terminale littéraire.
D'autres partagent ce pronostic, mais sont moins inquiets. Tout en convenant que l'absence de M. Le Pen "pourrait être un risque", Alain Jasor (30 ans) relève que "cela fait des années que (le président du FN) nous fait le coup" du chantage aux signatures.
Au demeurant, les uns et les autres ont identifié une autre menace qui, au vu des sondages, leur paraît être plus dangereuse. Ou, en tout cas, davantage d'actualité. La percée du candidat de l'UDF, François Bayrou, est ici davantage commentée que la chasse aux signatures de M. Le Pen. A défaut d'avoir trouvé une recette infaillible pour contrecarrer le phénomène, les uns et les autres sont intarissables sur "l'illusion" centriste, selon le mot d'Hervé-Marie Morelle (22 ans). Cet étudiant en histoire, qui milite à l'UMP depuis six mois, rappelle que l'UDF "fait partie d'une majorité de droite".
LÉGÈRE INQUIÉTUDE
Garance Bouquillon (24 ans) pointe la "responsabilité des médias", qui se seraient focalisés sur M. Bayrou pour distraire du duel entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal. "C'est comme lorsqu'on écrit une rédaction. Il y a la thèse (Sarkozy-Royal), l'antithèse (Bayrou), puis la synthèse", précise-t-elle, en notant qu'"il reste suffisamment de temps pour que les gens aient une overdose de Bayrou".
Chacun s'efforce de minimiser l'impact de la campagne du président de l'UDF. "Un effet de mode", souligne Alain Jasor. "Bayrou ne touche que les classes supérieures, par son côté neutre, "ours en peluche"", relève Marie-Hélène Quatreboeufs (31 ans), qui a fermé son agence immobilière pour s'occuper, à Lille, de l'organisation de la fédération et de la campagne présidentielle.
Les explications politiques rationnelles sont évoquées, pour être aussitôt balayées. "Jamais le centre ne gouvernera. Additionner des gens de droite et de gauche, c'est l'instabilité et l'immobilisme assurés !", s'exclame Louis Caron. "Droite et gauche ne sont d'accord ni sur l'emploi, ni sur l'immigration, ni sur l'éducation, ni sur la politique étrangère, ni sur la défense... Le discours charmeur et démago de Bayrou ne pourra pas tenir", veut croire Jacqueline Gabant (59 ans), qui a commencé à militer au RPR "il y a trente ans".
Reste l'irrationnel, très présent dans une campagne qui est avant tout "une confrontation de personnalités", comme le rappelle Abdel Hafidi. "Les gens sont comme les enfants, souligne Garance Bouquillon. Ils ont besoin d'une maman - c'est Ségolène Royal -, d'un tonton sympathique - François Bayrou -, et ils ont peur du papa qui tape du poing sur la table en disant : "Ça suffit !"."
Cette remarque est l'une des rares laissant transparaître une légère inquiétude de ces militants au sujet de leur candidat. Elle porte sur l'image que peut donner, ou qui est livrée, de Nicolas Sarkozy. Mesurant le poids qu'a exercé la fonction de ministre de l'intérieur, chacun s'évertue donc à le décrire comme quelqu'un de "très sympa" et "très drôle".
En revanche, ni la polémique sur les conditions dans lesquelles M. Sarkozy a acheté et aménagé son appartement, ni le dossier Airbus, ne semblent inquiéter ces militants : tout au plus ces deux sujets renforceront-ils "l'abstention et les extrêmes", estime Loïc Cathelain. Une relative confiance reste de mise. Le responsable des jeunes UMP du Nord l'évalue, pour ce qui le concerne, à "six sur une échelle d'un à dix". Tout en concédant que "l'histoire des élections présidentielles sous la Ve République peut faire peur". |