Je veux vous parler de l'Europe", a lancé François Bayrou aux 3 000 personnes entassées dans le Palais des congrès de Strasbourg, lundi 12 février, des centaines d'autres ayant dû rebrousser chemin faute de place. "Je veux parler de l'Europe en regardant en face la crise qu'elle traverse, a ajouté le candidat de l'UDF. Je veux défendre l'espoir que l'Europe représente pour la France", a-t-il dit.
Face à un public au sein duquel se remarquait une forte présence de jeunes, M. Bayrou a voulu marquer sa différence avec Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, qu'il juge "mal à l'aise sur le sujet, parce qu'ils estiment qu'il n'y a que des coups à prendre". Il s'est notamment déclaré persuadé que "la France a besoin d'un président européen".
"Le fait que le président français sera pour l'idée européenne ou qu'il en sera éloigné sera déterminant, a-t-il assuré. C'est la bonne heure, car la chance se présente d'une génération de responsables européens capables d'agir ensemble car marqués de la même inspiration", parmi lesquels il se range aux côtés de Romano Prodi, Jean-Claude Juncker, Angela Merkel ou Guy Verhofstadt. Porté par une nouvelle vague de sondages positifs - il gagne 3 points, à 14 % d'intentions de vote, dans la dernière enquête d'opinion IFOP-"Paris Match", réalisée lundi au lendemain du discours de Mme Royal à Villepinte -, M. Bayrou a défendu, à Strasbourg, son projet pour l'Europe. Un projet autour duquel il veut rassembler aussi bien "les défenseurs du oui au traité constitutionnel, aujourd'hui en plein désarroi, que les partisans du non, parce qu'ils croyaient en votant non défendre une autre idée de l'Europe".
Pour le président de l'UDF, le résultat du référendum du 29 mai 2005 est d'abord la traduction que, "peu à peu, nous avons laissé ce grand idéal européen partir en technocratie", que "les Français ont eu le sentiment qu'on voulait leur imposer un modèle de société dont ils ne voulaient pas".
Aussi veut-il d'abord "réconcilier les Français avec l'Europe". "Une Europe pour changer le monde, une Europe pacificatrice, non impérialiste, soutient-il, pour défendre nos valeurs sociales, culturelles, philosophiques et spirituelles." C'est ce projet européen qu'il veut "confronter" à une Europe "servant à faire du commerce, à avoir le plus grand marché et, de surcroît, des règles communes de droit et d'échanges".
M. Bayrou a présenté, à Strasbourg, "les sept chantiers de l'Europe nécessaires, qui dessinent le visage d'une Europe politique dotée d'une exigence démocratique". Il ne fait pas mystère que, dès lors, c'est "d'une Europe à deux cercles" qu'il sera question : "Une Europe large, fondée sur les règles du commerce et du droit, et une Europe socle, qui n'est pas une Europe fermée, où les pays qui la composent acceptent d'agir ensemble sur les grands sujets qui concernent l'avenir de la planète." "Une Europe juridique et une Europe politique", résume M. Bayrou.
Le candidat UDF a exposé ses propositions de sortie de la crise institutionnelle, se démarquant de ses deux principaux rivaux.
S'il concède que la chancelière Angela Merkel, qui exerce actuellement pour l'Allemagne la présidence de l'Union, ne pourra que constater, "dans quelques semaines", l'impossibilité de ratifier à l'unanimité l'actuel traité constitutionnel, il récuse l'idée d'un accord au rabais lors des futures négociations.
"Je souhaite qu'il en sorte un texte bref, dense, significatif, pas "mini" mais solide, lisible par tout le monde", a expliqué M. Bayrou. "Ce texte nouveau devra faire l'objet d'un référendum en France, a-t-il insisté. Je m'opposerai à la ratification par le Parlement d'une partie du texte rejeté en 2005, éludant la réponse extrêmement forte des Français en 2005."
Le président de l'UDF rejette la proposition de M. Sarkozy d'un mini-traité institutionnel ratifié par la voie parlementaire. "Une telle solution, estime M. Bayrou, aggraverait le fossé entre le peuple et l'aventure européenne." Il estime que le président de la République "devra s'engager" en faveur de ce texte auprès des citoyens.
M. Bayrou a également pris la défense de la Banque centrale européenne, dont la candidate socialiste Ségolène Royal veut revoir le mandat. "Tout changement signifierait hausse des prix et hausse des taux. Nous en mourrions", a-t-il jugé. Il s'est par ailleurs engagé, s'il était élu, à ce que Strasbourg reste la "capitale parlementaire de l'Europe". 3http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-866756,0.html |